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Accès aux soins dentaires à Paris : état des lieux 2026

Paris affiche une densité de 131,5 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants — près du double de la moyenne nationale — mais ce chiffre masque des fractures territoriales profondes. La Seine-Saint-Denis plafonne à 53,4, le zonage ARS régule 15 arrondissements, et 51 % des nouveaux inscrits à l'Ordre sont diplômés à l'étranger.

16 min de lecture

10 830

praticiens en Île-de-France

131,5

pour 100 000 hab. (Paris)

53,4

pour 100 000 hab. (93)

51 %

diplômés étrangers (primo-inscrits)

10 830 praticiens en Île-de-France, mais des écarts de densité vertigineux

Au 1er janvier 2024, l'Île-de-France comptait 10 830 professionnels de l'odontologie (chirurgiens-dentistes et orthodontistes confondus), dont 2 745 à Paris intra-muros, selon les données du Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) publiées par l'ARS Île-de-France en mai 2025. En excluant les spécialistes en orthopédie dento-faciale, le chiffre se stabilise à 10 146 pour la région et 2 584 pour Paris. La région concentre ainsi 23,2 % des effectifs nationaux pour 19 % de la population française.

Au niveau national, la DREES a enregistré 47 600 chirurgiens-dentistes en activité au 1er janvier 2025, en hausse de 4,1 % sur un an — la plus forte progression annuelle jamais observée — et de 17,7 % depuis 2012. Cette accélération est particulièrement visible en Île-de-France, dont les effectifs ont bondi de 28 % entre 2014 et 2024, contre 15 % au plan national.

DépartementDensité / 100k hab.Écart vs. national
Hauts-de-Seine (92)151,3+121 %
Paris (75)131,5+92 %
Val-de-Marne (94)84,7+24 %
Val-d'Oise (95)72,2+6 %
Moyenne nationale68,4
Essonne (91)57,7−16 %
Seine-et-Marne (77)56,5−17 %
Seine-Saint-Denis (93)53,4−22 %

Source : ARS Île-de-France, état des lieux de la démographie odontologique, mai 2025 (données RPPS au 01/01/2024). Écart intra-régional de 1 à 2,8 entre la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine.

La structure de l'exercice a profondément muté. Si 75 % des dentistes exercent en libéral exclusif au niveau national, ce taux tombe à 56 % en Île-de-France et à 55 % à Paris, où les salariés exclusifs — principalement dans les centres de santé — représentent 32 % des effectifs (contre 18 % au national). Le cabinet individuel, qui regroupait 44 % des praticiens en 2012, n'en accueille plus que 22 % en 2025, au profit de l'exercice groupé (59 %) et des structures salariées. La profession se féminise rapidement : 50 % de femmes au 1er janvier 2025, contre 39 % en 2012, un taux qui dépasse 51,6 % en Île-de-France.

Délais courts en surface, renoncement persistant en profondeur

Le paradoxe parisien se lit dans les données d'accès. Selon l'étude Fondation Jean-Jaurès/Doctolib de 2024 (26,1 millions de rendez-vous analysés), le délai médian d'obtention d'un rendez-vous dentaire à Paris et en Île-de-France se situe entre 8 et 10 jours, parmi les plus courts de France (médiane nationale : 11 jours). En Seine-Saint-Denis, le maillage des centres de santé permet même des rendez-vous en 1 à 7 jours.

Attention au biais méthodologique

Les données Doctolib ne reflètent que les créneaux disponibles sur la plateforme et excluent les patients ne l'utilisant pas. La DREES, dans son étude n° 1035 portant sur 21 700 personnes, évalue le délai moyen réel à environ 28 jours.

Le renoncement aux soins dentaires reste plus révélateur. D'après l'enquête SRCV 2023, 5,1 % de la population française a renoncé à des soins dentaires pour raisons financières, un taux qui grimpe à 9,1 % parmi les 20 % les plus modestes. L'enquête Harris Interactive/Eurodentaire de fin 2023 produit un chiffre plus élevé en élargissant le périmètre : 29 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins dentaires au cours des deux dernières années, les motifs économiques représentant 56 % des cas et les délais ou l'éloignement 30 %.

23,3 % → 16,6 %

Reste à charge dentaire

2019 → 2023 (100 % Santé)

15,5 Md€

Dépense dentaire totale

39,3 % SS · 43,9 % mutuelles

+17 %

Recourants aux prothèses

4,6 → 5,5 M patients (2019–2021)

En 2022, 57 % des actes prothétiques relevaient du panier « reste à charge zéro ». Contrairement aux médecins, les chirurgiens-dentistes ne relèvent pas véritablement d'une distinction secteur 1/secteur 2. Tous les praticiens conventionnés appliquent les tarifs opposables pour les soins conservateurs (caries, détartrages, extractions), tandis que les prothèses font l'objet d'honoraires libres. L'Île-de-France et la Côte d'Azur restent les zones les plus chères, avec un taux de dépassement national de 45,5 % des honoraires totaux en 2023.

24 %

de refus discriminatoire en Île-de-France envers les bénéficiaires CMU-C/C2S

Le taux le plus élevé de toutes les régions françaises (contre 3 % en Bretagne). Les centres de santé, où le tiers payant intégral est obligatoire, jouent un rôle compensateur essentiel.
Source : UFC-Que Choisir, 2019

Le zonage ARS de décembre 2024 redessine la carte des opportunités

L'arrêté ARS Île-de-France n° DOS-2024/3872, publié le 13 décembre 2024, a établi un nouveau zonage à cinq niveaux : zones très sous-dotées, sous-dotées, intermédiaires, très dotées et non prioritaires. La nouveauté majeure réside dans la régulation du conventionnement en zones non prioritaires à compter du 1er janvier 2025 : un dentiste ne peut s'y installer en libéral qu'en reprenant le cabinet d'un praticien cessant définitivement son activité, selon le principe du « 1 pour 1 ».

Paris : 15 arrondissements sur 20 en zone non prioritaire

Non prioritaire (installation régulée)

1er au 11e, 15e, 16e, 17e et 18e arrondissements

Installation libre

12e, 13e, 14e, 19e et 20e arrondissements

Secteurs les plus populaires et à plus forte densité de population

Aucun arrondissement parisien n'est classé en zone sous-dotée ou très sous-dotée : les véritables tensions se situent en banlieue.

La Seine-Saint-Denis concentre le plus grand nombre de communes en zone très sous-dotée : Bobigny, Sevran, Montfermeil, Noisy-le-Grand, Villepinte, Tremblay-en-France. Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Le Bourget et Clichy-sous-Bois sont classés en zone sous-dotée. Le Val-de-Marne présente des poches critiques : Orly, Boissy-Saint-Léger, Chevilly-Larue, Le Plessis-Trévise, La Queue-en-Brie. Châtenay-Malabry reste la seule commune des Hauts-de-Seine en zone très sous-dotée.

Plus loin, la Seine-et-Marne (Chelles, Villeparisis, Combs-la-Ville, Provins), les Yvelines (Sartrouville, Mantes-la-Jolie, Les Mureaux) et l'Essonne (Longjumeau, Savigny-sur-Orge, Brétigny-sur-Orge) comptent de nombreuses communes en tension.

50 000 €

Contrat d'Aide à l'Installation (CAICD)

25 000 € la 1re année, 25 000 € la 3e — engagement 5 ans, ≥ 2j/semaine en zone très sous-dotée. Montant doublé par rapport à l'ancienne convention.

4 000 €/an

Contrat d'Aide au Maintien (CAMCD)

Renouvelable — praticiens déjà établis en zone très sous-dotée

1 200 €/mois

CESP (étudiants en odontologie)

Dès la 4e année d'études — exercice post-diplôme en zone sous-dotée

5 ans

Exonération ZFU-TE (Seine-Saint-Denis, etc.)

Exonération d'impôt sur les bénéfices. 26 ZFU-TE en IDF (Bobigny, Sevran, Montfermeil, Clichy-sous-Bois…). Cumulable avec le CAICD.

La Seine-Saint-Denis, qui a déployé un bus dentaire mobile depuis 2020 et un programme départemental de prévention bucco-dentaire touchant 46 000 enfants, illustre l'ampleur des besoins non couverts.

Le renouvellement générationnel s'appuie massivement sur les diplômés étrangers

La formation en Île-de-France repose sur un goulot d'étranglement structurel : l'Université Paris Cité abrite la seule UFR d'Odontologie de la région, avec environ 90 places par an toutes voies d'accès confondues (PASS, LAS, passerelles). Les étudiants admis via Sorbonne Université ou Paris-Saclay sont redirigés vers cette même UFR. Le total régional plafonne à environ 108 places annuelles — un chiffre dérisoire au regard des 12,4 millions d'habitants de l'Île-de-France.

~90

Places/an en IDF

1 435

Entrées en 2e année (2022)

800

Places/an dans les années 1990

8

Nouvelles facultés annoncées

Le passage du numerus clausus au numerus apertus en 2021 n'a produit qu'une hausse modeste : environ 1 435 étudiants entrés en deuxième année en 2022, soit +5 % en trois ans, contre +18,5 % en médecine. L'objectif quinquennal 2021-2025 fixait 7 265 étudiants, soit environ 1 453 par an — un chiffre inférieur aux 1 938 places du numerus clausus initial de 1972. Le creux historique des années 1990 (800 places/an de 1992 à 2002) continue de peser sur la pyramide des âges.

30 %

des chirurgiens-dentistes en exercice partiront à la retraite d'ici 2030

Soit environ 14 500 départs au niveau national. À Paris, 12,4 % des praticiens ont 67 ans et plus (contre 4,9 % au national), laissant présager une vague de départs significative.
Source : estimations MACSF

La profession rajeunit néanmoins : l'âge moyen est passé de 48,4 ans en 2012 à 44,3 ans en 2025 au national. Paris fait exception avec un âge moyen plus élevé de 47,2 ans.

Le comblement des départs repose de manière critique sur les praticiens diplômés à l'étranger. En 2023, 51 % des primo-inscrits à l'Ordre national détenaient un diplôme obtenu hors de France, principalement en Espagne (549 inscrits), au Portugal (379) et en Roumanie (315). La part des diplômés étrangers dans les effectifs totaux est passée de 4 % en 2012 à environ 14 % en 2021.

Projections DREES : un scénario à deux vitesses

  • Sans flux migratoires : +5 % d'effectifs entre 2021 et 2050
  • Scénario tendanciel (avec diplômés étrangers) : +46 % d'effectifs entre 2021 et 2050

L'annonce en 2021 de la création de 8 nouvelles facultés d'odontologie (Amiens, Caen, Rouen, Dijon, Besançon, Grenoble, Poitiers, Tours) vise à réduire cette dépendance, mais leurs premiers diplômés n'exerceront pas avant la fin de la décennie.

Centres dentaires, IA et orthodontie adulte transforment le paysage

Le marché connaît une transformation structurelle portée par trois dynamiques : l'essor des centres dentaires, l'adoption des technologies numériques et l'évolution de la demande des patients.

L'explosion des centres de santé dentaires

Leur nombre a presque doublé en cinq ans, passant d'environ 700 en 2017 à plus de 1 300 en 2023 (Les Échos Études), avec un rythme de trois nouvelles ouvertures par semaine. Xerfi estime le parc à plus de 1 700 centres en 2024. L'Île-de-France concentre 44 % de ces structures.

~100

Centres Dentego

~30

Centres Dentylis

24

Centres Denteka (IDF)

15,1 %

des actes dentaires

Ces centres captent désormais 15,1 % des actes dentaires (contre 8,3 % en 2013). La part des libéraux est passée de 91,7 % à 84,9 %.

La financiarisation du secteur a toutefois engendré des dérives. L'affaire Dentexia (2015-2016), avec quelque 4 000 victimes, puis les scandales Proxidentaire (2021), Dentifree et Bloomsquare ont conduit le législateur à réagir. La loi Khattabi, adoptée le 9 mai 2023, a rétabli l'agrément préalable de l'ARS pour l'ouverture de centres de santé et impose un agrément provisoire d'un an suivi d'une visite de conformité. Plus de 80 établissements se trouvaient sous contrôle de l'Assurance maladie en 2024. Xerfi alerte en 2025 sur une possible « bulle » du marché.

L'IA en diagnostic dentaire

La startup française Allisone (Lyon) propose une analyse automatisée des radiographies panoramiques adoptée par plusieurs milliers de praticiens. Ses algorithmes détectent caries, pertes osseuses et lésions péri-apicales en une seconde, identifiant 30 à 50 % de pathologies supplémentaires par rapport au praticien seul. D'autres solutions émergent : WeDiagnostiX (données hébergées hors Cloud Act), DentalXrai Pro (Charité de Berlin), Planmeca (segmentation anatomique sur CBCT).

17 %

Dentistes équipés impression 3D

67 % depuis moins de 2 ans

3 %

CFAO entièrement numérique

Pratique encore émergente

14 M

Téléconsultations en 2024

Tous domaines confondus

La télédentisterie reste embryonnaire. La Fédération des Syndicats Dentaires Libéraux souligne que « la spécificité des soins à visée curative rend difficilement applicable ce nouveau mode de travail ». Des plateformes comme Visiodentiste proposent néanmoins des consultations à distance pour la gestion des urgences, le suivi en EHPAD ou les avis préliminaires.

Orthodontie adulte et esthétique : les nouveaux relais de croissance

Les adultes représentent désormais 37 % des nouveaux cas orthodontiques, et les aligneurs transparents captent environ 60 % des traitements orthodontiques adultes. Le marché mondial des aligneurs, évalué à 3,96 milliards de dollars en 2024, devrait atteindre 12,8 milliards en 2032. L'esthétique dentaire (blanchiment, facettes) constitue un relais alimenté par les réseaux sociaux.

Le vieillissement de la population — avec une hausse de 50 % de la population des 75-84 ans attendue d'ici 2030 — alimente une demande structurelle en prothèses et en implantologie. La HAS s'est prononcée fin 2024 en faveur du remboursement des implants dentaires pour l'édentement complet et unitaire, une décision potentiellement transformatrice pour un marché où l'implant unitaire coûte entre 1 500 et 2 500 euros et reste aujourd'hui hors nomenclature.

Conclusion

L'accès aux soins dentaires à Paris en 2026 se caractérise par un paradoxe structurel : une offre abondante en volume, masquant des inégalités territoriales et sociales qui ne se résorbent pas. La densité parisienne, proche du double de la moyenne nationale, coexiste avec des déserts dentaires en première et deuxième couronne.

Trois leviers déterminants pour les années à venir :

  1. Formation — Avec seulement 90 places annuelles en IDF et une dépendance à 51 % aux diplômés étrangers, la profession reste structurellement fragile. Les 8 nouvelles facultés n'apporteront leurs effets qu'en fin de décennie.
  2. Régulation des centres de santé — Leur croissance a démocratisé l'accès, mais les dérives imposent une vigilance accrue sous le nouveau cadre de la loi Khattabi.
  3. Technologie — L'IA diagnostique, l'impression 3D et les aligneurs numériques transforment la pratique, à condition que leur adoption ne reste pas confinée aux cabinets les mieux dotés.

Le rendez-vous entre l'offre et le besoin ne se joue plus dans les beaux quartiers, mais dans les territoires où 53 praticiens pour 100 000 habitants tentent de répondre aux besoins d'une population en forte croissance démographique.

Sources

ARS Île-de-France, État des lieux de la démographie odontologique (mai 2025) · Arrêté n° DOS-2024/3872, zonage chirurgiens-dentistes IDF (décembre 2024) · DREES, Démographie des chirurgiens-dentistes (2025) · DREES, Comptes de la santé 2023 · DREES, Étude n° 1035 · Fondation Jean-Jaurès / Doctolib, Étude accès aux soins (2024) · Enquête SRCV 2023 (INSEE/Eurostat) · Harris Interactive / Eurodentaire (2023) · UFC-Que Choisir, Refus de soins CMU-C (2019) · Convention nationale des chirurgiens-dentistes 2023-2028 · Les Échos Études, Centres de santé (2023) · Xerfi, Marché des centres dentaires (2024-2025) · HAS, Évaluation implants dentaires (2024) · Ordre national des chirurgiens-dentistes · MACSF.

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