DentistesVal-de-Marne (94)Zonage ARS

Accès aux soins dentaires en Val-de-Marne : état des lieux 2026

Le Val-de-Marne affiche une densité de chirurgiens-dentistes supérieure à la moyenne nationale, mais 8 communes restent classées « très sous-dotées » par l'ARS. Avec un taux de pauvreté de 17,2 %, un renoncement aux soins persistant et des aides pouvant atteindre 50 000 € à l'installation, le département de petite couronne conjugue besoins criants et opportunités concrètes.

20 min de lecture

1 215

dentistes en activité

84,7

pour 100 000 hab.

8

communes très sous-dotées

+32 %

de croissance en 10 ans

1 215 praticiens dans le 94, mais des contrastes saisissants entre communes

Au 1er janvier 2024, le Val-de-Marne comptait 1 215 professionnels de l'odontologie inscrits au RPPS, dont 1 139 chirurgiens-dentistes (hors spécialistes en orthodontie) et 61 orthodontistes. Ces données, issues du document « État des lieux de la démographie Odontologie » publié par l'ARS Île-de-France en mai 2025, révèlent un département qui se distingue par une forte proportion de praticiens salariés : 32 % exercent en tant que salariés exclusifs (contre 12 % au niveau national), 55 % sont libéraux exclusifs et 13 % ont un exercice mixte. Cette surreprésentation du salariat s'explique par la densité de centres de santé dentaire implantés sur le territoire.

La densité départementale de 84,7 praticiens pour 100 000 habitants place le Val-de-Marne au-dessus de la moyenne nationale (68,4) mais légèrement en dessous de la moyenne francilienne (87,2). Le département occupe une position intermédiaire en Île-de-France, loin derrière Paris (131,5) et les Hauts-de-Seine (151,3), mais très nettement devant la Seine-Saint-Denis (53,4), l'Essonne (57,7) et la Seine-et-Marne (56,5). En ne comptant que les praticiens libéraux, la densité tombe à 46,5 pour 100 000 habitants.

DépartementDensité / 100k hab.EffectifÉvol. 2014–2024
Hauts-de-Seine (92)151,32 498+52 %
Paris (75)131,52 745+10 %
Moyenne IDF87,210 830+28 %
Val-de-Marne (94)84,71 215+32 %
Val-d'Oise (95)72,2921+49 %
Moyenne nationale68,446 749+15 %
Yvelines (78)64,2946+1 %
Essonne (91)57,7769+8 %
Seine-et-Marne (77)56,5827+23 %
Seine-Saint-Denis (93)53,4909+27 %

Source : ARS Île-de-France, état des lieux de la démographie odontologique, mai 2025 (données RPPS au 01/01/2024).

La dynamique récente est néanmoins encourageante. Les effectifs ont progressé de 32 % entre 2014 et 2024, un rythme supérieur à la croissance régionale (+28 %) et nettement plus rapide qu'au plan national (+15 %). Cette croissance est portée par le relèvement progressif du numerus clausus et l'afflux de diplômés de l'Union européenne. Au niveau national, la DREES a enregistré 47 600 chirurgiens-dentistes en activité au 1er janvier 2025, en hausse de 4,1 % sur un an — la plus forte progression annuelle récente.

Le profil démographique de la profession dans le 94 est plutôt favorable : l'âge moyen est de 43,8 ans (contre 44,5 au plan national), et 48,2 % des praticiens ont moins de 40 ans. Le risque de départs massifs en retraite est modéré, seuls 5,8 % des praticiens ayant 67 ans ou plus. La profession se féminise : au niveau national, les femmes représentent désormais 50 % des effectifs en 2025, contre 39 % en 2012.

L'accès aux soins : un renoncement persistant malgré le reste à charge zéro

Le renoncement aux soins dentaires reste un défi structurel. Selon l'enquête SRCV/Eurostat, 9,6 % de la population de 16 ans et plus déclarait en 2023 avoir renoncé à des soins dentaires, dont 5,1 % pour des raisons financières. Ce taux grimpe à 8,2 % chez les 20 % les plus modestes, et environ 25 % des adultes n'ont pas consulté de dentiste depuis plus de deux ans — un chiffre qui atteint 40 % chez les personnes à faible revenu ou sans complémentaire santé.

Un renoncement massif aux soins dentaires

  • 29 % des Français déclaraient avoir renoncé à des soins dentaires au cours des deux dernières années (Eurodentaire/Harris Interactive, fin 2023)
  • 17,2 % de taux de pauvreté dans le Val-de-Marne — laissant présumer un renoncement au moins équivalent à la moyenne nationale
  • 45,5 % de la dépense dentaire totale relève encore de dépassements d'honoraires (tarifs libres sur prothèses et orthodontie)

Les délais d'accès sont plus favorables en Île-de-France qu'ailleurs. Selon Doctolib 2023, le délai médian est de 8 à 10 jours en Île-de-France, contre un délai médian national de 11 jours (et jusqu'à 2 mois dans certains départements ruraux). La DREES estime le délai moyen national à 28 jours.

Un point essentiel : contrairement aux médecins, les chirurgiens-dentistes n'exercent pas en « secteur 2 ». Les soins conservateurs sont au tarif opposable, sans dépassement autorisé. En revanche, les tarifs sont libres pour les prothèses dentaires et l'orthodontie, et l'implantologie relève d'honoraires totalement libres, hors nomenclature.

La réforme 100 % Santé a produit des résultats tangibles. Le reste à charge des ménages est tombé à 16,6 % en 2023, contre 29,4 % dix ans plus tôt — une baisse de 12,8 points. En 2024, 47 % des actes prothétiques dentaires sont réalisés dans le panier 100 % Santé. Le nombre de patients ayant eu recours aux prothèses a augmenté de 17 % entre 2019 et 2021, passant de 4,75 à 5,53 millions de personnes.

16,6 %

Reste à charge ménages

vs 29,4 % il y a 10 ans

47 %

Actes en panier 100 % Santé

Reste à charge nul

600 M€

Convention dentaire 2023-2028

Sur 6 ans

La répartition du financement place les organismes complémentaires en premier financeur (43,9 %), devant la Sécurité sociale (39,3 %) et les ménages (16,6 %). Toutefois, la réforme ne couvre pas l'implantologie, et la hausse des cotisations des complémentaires (+8,1 % en 2024) vient en partie éroder le bénéfice pour les patients.

Huit communes classées « très sous-dotées » et des aides conséquentes à l'installation

L'arrêté ARS Île-de-France n° DOS-2024/3872 du 13 décembre 2024, entré en vigueur au 1er janvier 2025, a redéfini le zonage des chirurgiens-dentistes selon cinq niveaux. Dans le Val-de-Marne, 8 communes sont classées en zone « très sous-dotée » :

Boissy-Saint-Léger
Chevilly-Larue
La Queue-en-Brie
Le Plessis-Trévise
Marolles-en-Brie
Orly
Rungis
Santeny

Communes classées en zone « très sous-dotée » — arrêté ARS IDF, décembre 2024.

Ces communes, principalement situées dans le sud et l'est du département, concentrent les plus faibles densités de praticiens. Point notable : aucune commune du Val-de-Marne n'est classée en zone « non prioritaire », ce qui signifie qu'aucune régulation du conventionnement ne s'applique dans le département. Le territoire reste donc ouvert à de nouvelles installations dans toutes les communes.

50 000 €

Contrat d'Aide à l'Installation (CAICD)

25 000 € la 1re année, 25 000 € la 3e — engagement 5 ans, ≥ 2j/semaine en zone très sous-dotée

4 000 €/an

Contrat d'Aide au Maintien (CAMCD)

Pendant 3 ans renouvelables — praticiens déjà installés en zone très sous-dotée (non cumulable CAICD)

50 000 €/ETP

Centres de santé : aide à l'installation

Plafond 3 ETP — pour les centres de santé dentaire s'implantant en zone très sous-dotée

50 000 €

Prêt Santé Initiative (Région IDF)

Prêt d'honneur à taux zéro, remboursable sur 60 mois, sans garantie personnelle (couverture Bpifrance 70 %)

1 200 €/mois

CESP (étudiants en odontologie)

Dès la 4e année — engagement d'exercice en zone sous-dotée post-diplôme

Orly : un cumul d'avantages exceptionnel

La commune d'Orly cumule le classement en zone très sous-dotée avec la présence d'une ZFU-TE (Zone Franche Urbaine – Territoires Entrepreneurs), permettant de bénéficier à la fois des aides à l'installation et d'exonérations fiscales (exonération totale d'impôt sur les bénéfices pendant 5 ans, puis dégressive sur 3 ans). Deux autres ZFU-TE existent dans le 94, à Champigny-sur-Marne/Chennevières-sur-Marne et Vitry-sur-Seine.

Le statut des exonérations ZFU-TE au-delà du 31/12/2025 doit être vérifié auprès de l'administration fiscale.

Un département jeune mais marqué par la précarité sociale

Le Val-de-Marne comptait 1 426 929 habitants au recensement 2023, ce qui en fait le 13e département français. Sa densité est de 5 824 habitants au km², 54 fois supérieure à la moyenne nationale. Les 47 communes incluent cinq villes de plus de 60 000 habitants : Vitry-sur-Seine (95 282), Créteil (92 859), Champigny-sur-Marne (78 367), Saint-Maur-des-Fossés (76 010) et Ivry-sur-Seine (64 526).

39,4 %

Moins de 30 ans

vs 35,1 % au national

17,2 %

Taux de pauvreté

≈ 245 000 personnes

156 780

Bénéficiaires C2S

≈ 11 % de la population

La croissance démographique reste soutenue, avec +0,5 % par an en moyenne entre 2017 et 2023 (+39 000 habitants), portée par un solde naturel positif. Les projections INSEE prévoient environ 1,48 million d'habitants en 2048.

La structure par âge est distinctive : 39,4 % de la population a moins de 30 ans, tandis que les plus de 60 ans ne représentent que 20,2 %. Néanmoins, les projections à 2070 montrent un vieillissement progressif, avec les plus de 80 ans passant de moins de 5 % à environ 10 %. Cette évolution impliquera des besoins accrus en soins prothétiques, parodontaux et en gestion du vieillissement buccal.

Le contexte socio-économique est contrasté. Le revenu médian s'établit à 24 270 € par an, le taux de chômage à 7,7 % (T2 2025). Les disparités intradépartementales sont frappantes : les communes du sud (Villeneuve-Saint-Georges, Valenton, Orly, Choisy-le-Roi, Vitry-sur-Seine) concentrent la précarité, tandis que les communes en bordure de Marne (Saint-Maur-des-Fossés, Vincennes, Le Perreux, Nogent-sur-Marne) affichent des revenus nettement supérieurs. Cette géographie sociale se superpose partiellement avec la carte du zonage dentaire.

Le CHU Henri Mondor et un maillage de centres de santé structurant

L'offre hospitalière en odontologie repose sur un pôle d'excellence : le service de Médecine Bucco-Dentaire du CHU Henri Mondor (AP-HP) à Créteil, dirigé par le Pr Philippe Pirnay. Installé depuis janvier 2018 dans un bâtiment dédié de 1 700 m², il dispose de 36 fauteuils dentaires dont 3 blocs opératoires, d'équipements de CFAO dentaire, d'imagerie cone beam et de microscopes opératoires.

CHU Henri Mondor — pôle d'excellence odontologique

  • Toutes spécialités : implantologie, chirurgie orale, orthodontie, parodontologie, endodontie, odontologie pédiatrique, esthétique
  • Centre de compétence maladies rares orales et dentaires (ORares)
  • 60 étudiants en formation préclinique, 100 externes, 10 internes
  • PASS bucco-dentaire pour les patients en situation de précarité

L'offre de ville est complétée par 48 centres de santé médicaux et dentaires, incluant des réseaux comme Dentego (Champigny-sur-Marne, Alfortville), des centres municipaux (Créteil, Vitry-sur-Seine, Ivry-sur-Seine) et des centres polyvalents comme celui de Bonneuil-sur-Marne (ouvert 7j/7, tiers payant intégral CMU/ACS/AME). Le département compte également 195 structures de santé (maisons de santé, centres et pôles de santé).

48

Centres de santé dentaires

195

Structures de santé

36

Fauteuils CHU H. Mondor

10

Places LSPS1 (UPEC)

L'UPEC (Université Paris-Est Créteil) propose un accès aux études d'odontologie via sa Licence Sciences pour la Santé, avec 10 places en LSPS1. Le service d'Henri Mondor sert de lieu de stage clinique et de formation continue, ancrant la formation sur le territoire.

Des perspectives d'installation concrètes portées par la croissance démographique

Les projections de la DREES anticipent une hausse de 46 % des effectifs de chirurgiens-dentistes entre 2021 et 2050, pour atteindre environ 61 800 praticiens. Cette croissance est fortement dépendante de l'afflux de diplômés à l'étranger : sans ce flux, la hausse ne serait que de 5 %. En 2023, 50 % des nouveaux inscrits à l'Ordre étaient diplômés de l'UE (41 % d'Espagne, 28 % du Portugal).

L'exercice évolue dans ses formes. Le cabinet individuel ne concerne plus qu'un quart des praticiens. L'exercice en groupe (56 %) et le salariat en centre de santé (15 %) progressent rapidement. Le chiffre d'affaires moyen d'un cabinet dentaire s'établissait à 288 901 € en 2023 (données UNASA), avec un bénéfice net moyen de 102 962 € (35,6 % du CA). Les cabinets urbains franciliens affichent un CA moyen de 351 555 € (Observatoire Fiducial). Les cabinets d'orthodontie exclusive génèrent 536 709 €.

288 901 €

CA moyen cabinet (2023)

Source : UNASA

351 555 €

CA moyen IDF urbain

Observatoire Fiducial

43 %

Valeur de cession / CA

En hausse (35 % en 2015)

L'implantologie représente un marché mondial de 5,82 milliards de dollars en 2024, projeté à 12,5 milliards en 2035. La HAS s'est prononcée fin 2024 en faveur du remboursement des implants dans certaines indications. L'orthodontie invisible capte une part croissante, avec les traitements adultes représentant 37 % des nouveaux patients en 2025. La CFAO dentaire, l'impression 3D et la chirurgie guidée transforment les pratiques.

La loi du 27 juin 2025 portée par Yannick Neuder a supprimé le numerus apertus, les universités fixant désormais leurs capacités en concertation avec les ARS. Huit nouvelles facultés d'odontologie créées depuis 2022 ajouteront à terme plus de 300 étudiants par an.

Conclusion : un département à deux visages qui appelle de nouvelles installations

Le Val-de-Marne présente un paradoxe révélateur des inégalités territoriales françaises. Sa densité globale de praticiens, supérieure à la moyenne nationale, masque des zones de fragilité bien identifiées — 8 communes très sous-dotées, un taux de pauvreté de 17,2 % et 156 780 bénéficiaires de la C2S qui témoignent d'une demande de soins accessibles.

Le cadre incitatif est plus structuré qu'il ne l'a jamais été. Les aides conventionnelles, les prêts régionaux, le CESP pour les étudiants, et les exonérations fiscales en ZFU constituent un ensemble cohérent pour les praticiens prêts à répondre aux besoins des populations sous-desservies.

Dans un département qui gagnera encore 50 000 habitants d'ici 2048 et où le vieillissement s'amorce, les communes de Boissy-Saint-Léger, Orly, Chevilly-Larue ou Le Plessis-Trévise représentent des opportunités d'installation concrètes, combinant besoin sanitaire avéré, soutien financier institutionnel, et bassin de patientèle en expansion.

Sources

ARS Île-de-France, État des lieux de la démographie odontologique (mai 2025, données RPPS 2024) · Arrêté n° DOS-2024/3872, zonage chirurgiens-dentistes IDF (décembre 2024) · DREES, Comptes de la santé 2023-2024, démographie 2025 · INSEE, Recensement 2023 · CPAM Val-de-Marne · Assurance Maladie (ameli.fr) · Cour des comptes · ONDPS · ONCD · Fondation Jean Jaurès/Doctolib · UNASA · Observatoire Fiducial · Enquête SRCV/Eurostat · Eurodentaire/Harris Interactive. Les données non disponibles à l'échelle départementale ont été signalées comme telles.

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