DentistesSeine-Saint-Denis (93)Zonage ARSGrand Paris Express

L'accès aux soins dentaires en Seine-Saint-Denis : un territoire d'opportunités pour les chirurgiens-dentistes

Avec la densité de chirurgiens-dentistes la plus faible de toute l'Île-de-France — 53,4 pour 100 000 habitants contre 87,2 en moyenne régionale —, une population de 1,7 million d'habitants en forte croissance et les transformations massives du Grand Paris Express, la Seine-Saint-Denis est l'un des territoires les plus stratégiques de France pour une installation.

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909

dentistes en activité

53,4

pour 100 000 hab.

8

communes très sous-dotées

+37 %

d'effectifs en 10 ans

Un département où la densité de dentistes reste trois fois inférieure à celle de Paris

Au 1er janvier 2024, 909 chirurgiens-dentistes exercent en Seine-Saint-Denis, dont 858 omnipraticiens et 49 spécialistes en orthodontie (ARS Île-de-France, RPPS, données publiées le 13 mai 2025). Ce chiffre traduit une progression notable — +37 % d'effectifs depuis 2014, contre +15 % au niveau national — mais demeure largement insuffisant au regard des besoins du territoire.

La densité totale de 53,4 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants place le 93 en dernière position régionale. Le contraste avec les départements limitrophes est saisissant : les Hauts-de-Seine comptent 151,3 praticiens pour 100 000 habitants, soit près de trois fois plus. Le Val-de-Marne atteint 84,7, le Val-d'Oise 72,2. Même la Seine-et-Marne, souvent perçue comme rurale, affiche 56,5. À l'échelle nationale, la densité moyenne est de 68,4 pour 100 000 (DREES, RPPS, janvier 2024) — le 93 se situe donc 22 % en dessous de la moyenne française et 39 % en dessous de la moyenne francilienne.

TerritoireDensité totale /100kDensité libérale
Seine-Saint-Denis (93)53,423,7
Seine-et-Marne (77)56,537,5
Val-d'Oise (95)72,237,2
Val-de-Marne (94)84,746,5
Île-de-France (moyenne)87,249,0
Paris (75)131,571,9
Hauts-de-Seine (92)151,379,6
France entière68,451,6

Source : ARS Île-de-France, RPPS, janvier 2024.

Le chiffre le plus révélateur concerne la densité de chirurgiens-dentistes libéraux : à peine 23,7 pour 100 000 habitants dans le 93, contre 51,6 au niveau national. Une étude de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur, données CNAM fin 2020) établit cette densité libérale à 2,9 pour 10 000 habitants — soit 3,5 fois moins qu'à Paris (10,1) et deux fois moins que la moyenne de la Métropole du Grand Paris. Ce département fait office de véritable désert dentaire libéral en plein cœur urbain.

Une structure d'exercice atypique, dominée par le salariat

Le profil d'exercice des chirurgiens-dentistes du 93 est unique en Île-de-France. Sur les 909 praticiens en activité, 404 exercent en libéral exclusif (44 %), 381 en salariat exclusif (42 %) et 124 en exercice mixte (14 %). À l'échelle nationale, la répartition est radicalement différente : 75 % de libéraux, 18 % de salariés et 7 % de mixtes (DREES, RPPS, janvier 2024).

Un profil d'exercice unique en Île-de-France

44 %

Libéral exclusif

42 %

Salariat exclusif

14 %

Exercice mixte

Au national : 75 % libéraux, 18 % salariés, 7 % mixtes.

Cette prédominance du salariat s'explique par le développement massif des centres de santé dentaires dans le département. La Seine-Saint-Denis concentre plus de 95 centres de santé médicaux et dentaires référencés dans la base FINESS, le chiffre le plus élevé d'Île-de-France. Le Conseil départemental a même créé en 2020 un centre de santé dentaire mobile — un bus de dépistage et de soins ayant examiné plus de 4 000 patients à fin 2022, dont 64 % nécessitaient des soins (seinesaintdenis.fr).

Un atout démographique mérite attention : les praticiens du 93 sont jeunes. L'âge moyen y est de 43,1 ans (contre 44,5 au national), et 50,7 % ont moins de 40 ans (contre 44,2 % en France), ce qui signifie moins de départs à la retraite imminents mais aussi un dynamisme du territoire capable d'attirer de jeunes professionnels (ARS IDF, RPPS, janvier 2024).

1,7 million d'habitants, jeunes et précaires : des besoins bucco-dentaires considérables

La Seine-Saint-Denis compte 1 704 316 habitants au recensement INSEE de 2023, ce qui en fait le cinquième département le plus peuplé de France avec une densité exceptionnelle de 7 222 habitants au km². Sa croissance démographique est la plus dynamique d'Île-de-France : +12 500 habitants par an entre 2016 et 2022, soit +0,76 % annuels. Les projections de l'INSEE anticipent 1 741 000 habitants à l'horizon 2040 (INSEE Flash Île-de-France n°86, juillet 2023).

28,4 %

Taux de pauvreté

vs 15 % au national

19 020 €

Revenu médian

Le plus faible de France

23 %

Bénéficiaires C2S

~390 000 personnes

36 %

Moins de 25 ans

Dép. le plus jeune

C'est le département le plus jeune de France métropolitaine : 36 % des habitants ont moins de 25 ans, et 42,4 % moins de 30 ans (contre 35,1 % au national, INSEE 2021). Cette jeunesse génère des besoins spécifiques en santé bucco-dentaire — prévention carieuse, orthodontie, premières consultations — que la convention 2023-2028 valorise précisément à travers le programme « Génération sans carie ».

C'est aussi un territoire marqué par une précarité exceptionnelle. Le taux de pauvreté atteint 28,4 % (INSEE, 2021), soit près du double de la moyenne nationale (15 %) et le plus élevé de France métropolitaine. Dans certaines communes du nord, le taux dépasse 33 %, voire 43 % à La Courneuve.

1er motif de renoncement aux soins

Les soins dentaires représentent la moitié des cas de renoncement aux soins en France

9,1 % des 20 % les plus modestes renoncent aux soins dentaires pour raisons financières, soit 4 points de plus que la moyenne (DREES/SRCV, 2023). En Seine-Saint-Denis, le taux de recours des enfants de 6-12 ans au dentiste n'était que de 28,3 % en 2009, le plus faible d'Île-de-France (ORS IDF).

Le département compte 55 337 bénéficiaires de l'Aide Médicale d'État (CPAM Seine-Saint-Denis), en plus des 390 000 bénéficiaires de la C2S — le taux le plus élevé de France métropolitaine, loin devant la moyenne nationale de 13 % (Assurance Maladie, Points de repères n°57, octobre 2025).

Treize communes classées sous-dotées : le zonage ARS ouvre la porte aux aides

L'arrêté ARS Île-de-France n° DOS-2024/3872 de décembre 2024 établit le nouveau zonage des chirurgiens-dentistes en Territoires de Vie-Santé (TVS). En Seine-Saint-Denis, huit communes sont classées en zone très sous-dotée et cinq en zone sous-dotée, concentrant l'essentiel des opportunités d'installation accompagnées.

Zone très sous-dotée — éligible CAICD & CAMCD

Bobigny (~54 000 hab.)Noisy-le-Grand (~69 000 hab.)Sevran (~52 000 hab.)Villepinte (~37 000 hab.)Tremblay-en-France (~36 000 hab.)Montfermeil (~27 000 hab.)Coubron (~10 000 hab.)Vaujours (~7 000 hab.)

Zone sous-dotée

Aulnay-sous-Bois (~86 000 hab.)Le Blanc-Mesnil (~57 000 hab.)Clichy-sous-Bois (~30 000 hab.)Le BourgetDugny (~28 000 hab. cumulés)

À l'inverse, environ 23 communes du département sont classées en zone intermédiaire, parmi lesquelles Saint-Denis, Montreuil, Pantin, Bondy ou Drancy (ARS IDF, arrêté décembre 2024).

50 000 €

Contrat d'Aide à l'Installation (CAICD)

Versé en deux fois, engagement 5 ans, ≥ 2j/semaine en zone très sous-dotée. Majoration ARS possible : jusqu'à 60 000 €.

12 000 €

Contrat d'Aide au Maintien (CAMCD)

4 000 €/an × 3 ans — praticiens installés depuis plus d'un an en zone très sous-dotée.

1 200 €/mois

CESP (étudiants à partir de la 4e année)

Allocation brute mensuelle contre engagement d'exercice ultérieur en zone sous-dotée (UNECD).

Le département dispose par ailleurs de 24 Maisons de Santé Pluriprofessionnelles réparties dans les principales villes — Montreuil, Bobigny, Sevran, Clichy-sous-Bois, Drancy, Pantin, Livry-Gargan, Romainville — offrant des possibilités d'exercice coordonné (maisons-et-poles-de-sante.com, février 2026).

Le Grand Paris Express va redessiner la carte démographique du 93

Le facteur le plus transformant pour le département est le Grand Paris Express. Quatre lignes de métro automatique traverseront la Seine-Saint-Denis, avec environ un tiers des 68 nouvelles gares du réseau situées sur son territoire.

Juin 2024Ligne 14

Prolongée jusqu'à Saint-Denis Pleyel — hub prévu pour 250 000 voyageurs/jour

2026Ligne 16

Saint-Denis Pleyel → Clichy-Montfermeil (puis Noisy-Champs en 2030)

2026Ligne 17

Le Bourget Aéroport et Villepinte

Fin 2031Ligne 15 Est

8 gares supplémentaires de Stains à Rosny-sous-Bois

177

Projets d'aménagement (Apur)

84 000

Logements neufs programmés

2,5 M

m² de bureaux prévus

2 500

Logements Village olympique

Le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) mobilise près de 2 milliards d'euros de l'ANRU pour 35 quartiers du département, pour un investissement total de 5,6 milliards d'euros. Pour un chirurgien-dentiste, cette dynamique signifie un afflux prévisible de population nouvelle et une revalorisation des quartiers desservis. Les communes classées très sous-dotées — Noisy-le-Grand, Sevran, Villepinte, Clichy-sous-Bois — figurent précisément parmi les bénéficiaires directs de ces nouvelles infrastructures.

La convention 2023-2028 et le 100 % Santé changent l'équation économique

La convention dentaire signée le 21 juillet 2023 entre Les CDF et l'UNCAM, effective depuis le 25 février 2024, porte sur un investissement conventionnel de plus de 600 millions d'euros sur sa durée. Trois éléments structurants modifient l'attractivité de l'exercice en zone sous-dotée.

+30 %

Soins conservateurs 3-24 ans

Élargi d'1 an/an jusqu'à 28 ans en 2028

+4 %

Toute la population

Au 1er janvier 2025

40 €

EBD revalorisé

« Génération sans carie »

Dans un département où 36 % de la population a moins de 25 ans, cette revalorisation ciblée sur les jeunes patients représente un levier économique direct. Le conventionnement régulé instauré à partir du 1er janvier 2025 restreint l'installation en zone non prioritaire selon une règle du « 1 pour 1 » — un nouveau praticien ne peut s'installer que si un autre quitte la zone. Cette régulation oriente mécaniquement les flux vers les zones sous-dotées comme le 93.

Quant à la réforme 100 % Santé, son bilan est significatif : 55 % des actes prothétiques réalisés en 2021 relèvent du panier sans reste à charge (Cour des Comptes, juillet 2022), et le recours aux prothèses a augmenté de 17 % depuis l'entrée en vigueur de la réforme (DREES, 2024). Plus de 6 millions de Français en ont bénéficié. Le reste à charge global en dentaire est descendu à 15,5 % en 2024. En territoire précaire comme le 93, où 23 % de la population est en C2S, cette réforme soutient structurellement l'activité prothétique.

Revenus de la profession

122 279 €

Bénéfice fiscal moyen 2023

97 672 €

Médiane

~136 000 €

35-54 ans

150-300k €

Investissement cabinet

Source : CARCDSF, données au 30 décembre 2024 ; Orisha Healthcare, PropulsebyCA.

Une profession en mutation rapide qui redéfinit les modèles d'exercice

La profession dentaire traverse une transformation profonde. Au 1er janvier 2025, la France compte 47 600 chirurgiens-dentistes en activité, en hausse de 17,7 % depuis 2012 et de 4,1 % sur la seule dernière année (DREES, RPPS, juillet 2025). Les projections anticipent 54 000 praticiens en 2040 et 61 800 en 2050.

50 %

De femmes en 2025 (vs 39 % en 2012)

59 %

Exercice en groupe (vs 46 % en 2012)

22 %

Cabinet individuel (vs 44 % en 2012)

14 %

Diplôme étranger (vs 4 % en 2012)

Les salariés en centres de santé ont presque triplé en treize ans, passant de 2 800 à 7 600 (DREES, 2025). Chez les moins de 30 ans, 32 % choisissent d'emblée le salariat. En 2023, plus de la moitié des nouveaux inscrits à l'Ordre détenaient un diplôme européen, principalement d'Espagne (40-42 %), de Roumanie (27-30 %) et du Portugal (20 %) (DREES, ONDPS).

Pour le 93, ces tendances sont favorables. L'appétence des jeunes praticiens pour l'exercice de groupe et le salariat s'aligne avec l'infrastructure de centres de santé et de MSP du département. La croissance des effectifs nationaux augmente le vivier de candidats potentiels. Et la régulation du conventionnement dans les zones sur-dotées réoriente les flux vers les territoires comme la Seine-Saint-Denis.

En conclusion

La Seine-Saint-Denis concentre un faisceau de facteurs rarement réunis : une sous-densité dentaire chronique dans le département le plus dynamique démographiquement d'Île-de-France, des aides financières substantielles pour l'installation, et une transformation urbaine d'ampleur historique portée par le Grand Paris Express et le renouvellement urbain.

Les communes de Bobigny, Noisy-le-Grand, Sevran, Aulnay-sous-Bois ou Villepinte offrent un marché de patientèle considérable, des aides pouvant atteindre 60 000 € et un positionnement en amont de la vague de développement urbain. La convention 2023-2028 sécurise le modèle économique, tandis que le 100 % Santé soutient l'activité prothétique auprès d'une population majoritairement couverte par la C2S.

Le département 93 n'est plus seulement un désert dentaire à combler — c'est un territoire en pleine ascension où s'installer aujourd'hui, c'est anticiper la demande de demain.

Sources

ARS Île-de-France, RPPS, données publiées le 13 mai 2025 · Arrêté n° DOS-2024/3872, zonage chirurgiens-dentistes IDF (décembre 2024) · DREES, RPPS, janvier 2024 et juillet 2025 · Apur, données CNAM fin 2020 · INSEE, Recensement 2023 · INSEE Flash Île-de-France n°86, juillet 2023 · Assurance Maladie, Points de repères n°57, octobre 2025 · CPAM Seine-Saint-Denis · DREES/SRCV, 2023 · ORS IDF, données CNAMTS · seinesaintdenis.fr · Convention nationale des chirurgiens-dentistes 2023-2028 · Cour des Comptes, juillet 2022 · CARCDSF, données au 30 décembre 2024 · UNECD · maisons-et-poles-de-sante.com · Orisha Healthcare, PropulsebyCA.

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